Comment la guerre rend fou
ou :
le caporal G*** et l’impossibilité de tenir son rôle pendant la guerre

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Il s’agit de l’histoire d’un caporal sur lequel nous ne possédons que de maigres renseignements. Nous savons qu’en mars 1915 il est déjà hospitalisé pour hyperémotivité. Le récit qu’il nous a laissé montre qu’il a du connaître les plus terribles combats, pour ne pas dire massacres, des débuts du conflit en 1914. Nous essaierons de montrer comment les symptômes présentés par les soldats fous peuvent masquer la véritable origine du trouble psychologique. Il apparaît bien souvent naturel que les conditions d’existence de guerre avec la crasse, l’humidité, le froid, la malnutrition, le danger, la peur, les bombardements, sans compter la disparition, la mort des camarades, etc. puissent provoquer la folie. Alors pourquoi tant de soldats y ont-ils échappés ? Dans l’exemple que nous présentons, les symptômes en premier plan cachent un dérèglement, un bouleversement psychique par perte des repères liés au rôle et à la fonction sociale. C’est tout un monde de valeurs bien établies qui s’effondre entraînant dans le marasme psychologique un soldat qui en arrive à rechercher la mort comme solution à ses problèmes. Combien de soldats à l’espoir anéanti ont-ils préféré disparaître faute de pouvoir supporter l’horreur quotidienne  La guerre, en tant que telle, a peut-être tué moins de soldats que l’on ne pense ; beaucoup ont pu mourir de l’anéantissement des valeurs qui les aidaient à vivre.

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Le 4 décembre 1915, G… Jean Marie, 28 ans, comptable dans le civil, caporal au 20e bataillon de chasseurs à pied, est interné à l’hôpital militaire auxiliaire de Ville-Evrard, après quelques pérégrinations dont nous n’avons trace que par le récit qui va suivre. Diagnostic : psychose commotionnelle, idées de suicide. Le terme de suicide, à lui seul, suffit déjà pour justifier un internement à l’asile d’aliénés.

Nous trouvons, dans son mince dossier, quatre grandes pages manuscrites  sur lesquelles, à la demande du médecin-chef, il raconte ses souvenirs de campagne.

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